Les schistes de Burgess

Peronopsis columbiensis

Parent des trilobites « en forme de petite broche »

Peronopsis columbiensis, céphalon et ses appendices, ROMIP 64993

Taxonomie:

Règne: Animal
Embranchement: Arthropodes
Assignation taxonomique d’ordre supérieur: Artiopoda, Ordre : Agnostida
Nom d’espèce: Peronopsis columbiensis
Remarques:

En raison de leur apparence distinctive, les agnostides ont été classés soit dans le groupe des trilobites, apparentés aux Eodiscina, soit dans le groupe souche des crustacés (Müller et Walossek, 1987 ; Cotton et Fortey, 2005 ; Haug et al., 2009). L’analyse phylogénétique la plus récente suggère que les agnostides forment un groupement avec les trilobites en raison de certaines caractéristiques communes de l’exosquelette dorsal, telles la minéralisation, l’expression des limites segmentaires et la forme des articulations thoraciques (Moysiuk et Caron, 2019). Des analyses plus complètes sur le plan taxonomique seront nécessaires pour déterminer s’ils appartiennent ou non au groupe des vrais trilobites.

Nom du descripteur: Rasetti
Date de la description : 1951
Étymologie :

Peronopsis – du grec peronê, « broche », « agrafe », et opsis, « vision », « pareil à ».

columbiensis – aucune étymologie fournie, mais fait sans doute référence à la présence de l’espèce en Colombie-Britannique (Canada).

Spécimens types : Holotype – USNM 116267 ; paratypes – USNM 116268-9 ; conservés au Musée national d’histoire naturelle de la Smithsonian Institution, Washington (D.C.), États-Unis.
Autres espèces :

Schistes de Burgess et environs : P. montis
Autres dépôts : d’autres espèces ont été découvertes à travers le monde, dans des roches du Cambrien moyen.

Âge et Sites

Age :
Cambrien moyen, étage Wuliuen, formation des schistes de Burgess (environ 507 millions d’années).
Sites principaux :

Monts Stephen et Odaray, Marble Canyon.

Histoire de la recherche

Bref historique de la recherche :

Les agnostides fossiles issus des schistes de Burgess ont d’abord été nommés Peronopsis columbiensis par Rasetti (1951). Naimark (2012) a proposé de réassigner l’espèce au genre Quadragnostus sur la base d’images publiées, mais nous maintenons le nom de Peronopsis en attendant une nouvelle étude taxonomique des spécimens des schistes de Burgess. Moysiuk et Caron (2019) ont récemment décrit les appendices, le tube digestif et d’autres tissus mous de spécimens exceptionnellement bien conservés.

Description

Morphologie :

L’exosquelette dorsal adulte atteint environ 20 mm de longueur. Le céphalon semi-circulaire présente un étroit rebord à l’avant et sur les côtés, et des angles génaux arrondis. Il n’y a pas d’yeux dorsaux ni de sutures faciales. La glabelle étroite se termine par une pointe ogivale, sans sillon médian antérieur ; un sillon transversal traverse la glabelle près de sa partie antérieure. On observe une paire d’épines génales courtes. Deux segments thoraciques courts portent des nœuds latéraux sur les anneaux axiaux. Un pygidium à bord étroit, de même taille et de même forme générale que le céphalon, présente des angles antérolatéraux abrupts et une paire d’épines marginales courtes, dirigées vers l’arrière, postérolatéralement. L’axe pygidial est plus large que la glabelle, mais de contour similaire, avec un tubercule médian entre deux sillons transversaux. L’extrémité pointue de l’axe est séparée postérieurement du bord pygidial par un espace, et il n’y a pas de sillon médian. Un hypostome en forme de selle est présent ventralement, et non fusionné avec le bouclier céphalique. Anatomie non minéralisée : La tête porte probablement six paires d’appendices, dont une paire d’antennules sensorielles allongées, deux paires d’appendices à branches extérieures en forme de rames, et probablement trois paires de pattes locomotrices robustes avec une rangée de projections en forme de massues. Des pattes locomotrices supplémentaires étaient présentes sous le thorax (2) et le pygidium (probablement 4). Le tube digestif s’incurve dorsalement à partir de la bouche pour déboucher sur deux paires de glandes intestinales ramifiées, dont la première est la plus grande et occupe une grande partie de l’espace sous le bouclier céphalique. Derrière, l’intestin moyen cylindrique s’étend jusqu’au pygidium. L’intestin postérieur commence à peu près sous le tubercule pygidial et se rétrécit considérablement avant d’atteindre l’anus, sous l’extrémité de l’axe pygidial.

Abondance :

Les spécimens attribuables à cette espèce sont très communs à Tokumm Creek et dans les niveaux supérieurs de la carrière de Marble Canyon, où ils constituent l’artiopode le plus abondant (Nanglu et al., 2020). Peronopsis columbiensis est également présent en nombre au mont Odaray, au mont Stephen et dans quelques localités plus petites (Rasetti, 1951).

Taille maximum :

Écologie

Mode de vie : Nectobenthique
Mode d'alimentation : Détritivore
Interprétations écologiques :

Le mode de vie des agnostides a été largement débattu (Fortey et Owens, 1999). Avec leurs appendices en forme de rames capables de faire saillie alors que l’animal était partiellement enroulé, ils semblent certainement bien adaptés à la nage (Müller et Walossek, 1987). De même que leur présence dans des couches de mortalité de masse à large répartition géographique, cette observation a été proposée pour soutenir un mode de vie pélagique (Fortey, 1985). Cependant, la plupart des spécimens des schistes de Burgess ont été découverts en position déroulée. Par ailleurs, Peronopsis est parfois trouvé en groupes associés aux restes d’autres organismes des schistes de Burgess, où il se nourrissait potentiellement de charognes ou de films bactériens, ce qui pourrait indiquer un mode de vie benthique. Les énormes glandes intestinales ramifiées de la tête ont probablement servi d’organe de stockage de la nourriture, permettant peut-être à cette espèce de survivre à une alternance de périodes d’abondance et de famine. Les excroissances en forme de massue sur les pattes marcheuses servaient peut-être à la respiration (Moysiuk et Caron 2019).

Références

  • COTTON, T. J. and FORTEY, R. A. 2005. Comparative morphology and relationships of the Agnostida. In KOENEMANN, S. and JENNER, R. (eds.) Crustacea and Arthropod Relationships, CRC Press, 95–136 pp.
  • FORTEY, R. A. 1985. Pelagic trilobites as an example of deducing the life habits of extinct arthropods. Earth and Environmental Science Transactions of The Royal Society of Edinburgh, 76: 219–230.
  • FORTEY, R. A. and OWENS, R. M. 1999. Feeding habits in trilobites. Palaeontology, 42: 429–465.
  • HAUG, J. T., MAAS, A. and WALOSZEK, D. 2009. †Henningsmoenicaris scutula, †Sandtorpia vestrogothiensis gen. et sp. nov. and heterochronic events in early crustacean evolution. Earth and Environmental Science Transactions of the Royal Society of Edinburgh, 100: 311–350.
  • MOYSIUK, J. and CARON, J.-B. 2019. Burgess Shale fossils shed light on the agnostid problem. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 286: 20182314.
  • MÜLLER, K. J. and WALOSSEK, D. 1987. Morphology, ontogeny, and life habit of Agnostus pisiformis from the Upper Cambrian of Sweden. Fossils and Strata, 19: 1–124.
  • NAIMARK, E. B. 2012. Hundred species of the genus Peronopsis Hawle et Corda, 1847. Paleontological Journal, 46: 945–1057.
  • NANGLU, K., CARON, J.-B. and GAINES, R. R. 2020. The Burgess Shale paleocommunity with new insights from Marble Canyon, British Columbia. Paleobiology, 46: 58–81.
  • RASETTI, F. 1951. Middle Cambrian stratigraphy and faunas of the Canadian Rocky Mountains. Smithsonian Miscellaneous Collections, 116: 1–277.
Autres liens :