Les schistes de Burgess

Oesia disjuncta

Un ver avec un complex tube d’habitation

Oesia disjuncta (USNM 57630) – Lectotype, (empreinte et contre-empreinte). Spécimen complet. Longueur du spécimen = 85 mm. Spécimen humide, lumière directe (images du haut) et lumière polarisée (images du bas). Carrière Walcott.

© SMITHSONIAN INSTITUTION – MUSÉE NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE. PHOTO : JEAN-BERNARD CARON

Taxonomie:

Règne: Animal
Embranchement: Hemichordés
Classe: Enteropneusta
Nom d’espèce: Oesia disjuncta
Affinité:

Oesia est considéré comme un groupe souche des entéropneustes. Il possède un corps tripartite – rostre, collier et tronc – caractéristique du groupe (Nanglu et al., 2016 ; Nanglu et al., 2020).

Nom du descripteur: Walcott
Date de la description : 1911
Étymologie :

Oesia – d’après le lac Oesa, petit plan d’eau situé à quelques kilomètres au sud-est des schistes de Burgess.

disjuncta – du préfixe de négation latin dis et de junctus, « joint », probablement en référence à l’aspect de l’espèce.

Spécimens types : Lectotype – USNM 57630 conservé au Musée national d’histoire naturelle de la Smithsonian Institution, Washington, D.C., États-Unis.
Autres espèces :

Schistes de Burgess et environs : aucune.
Autres dépôts : aucune.

Âge et Sites

Periode :
Cambrien moyen, étage Wuliuen, formation des schistes de Burgess (ca. 505 millions d’années).
Sites principaux :

Marble Canyon (Kootenay National Park) et carrière Walcott, Colombie-Britannique.

Histoire de la recherche

Bref historique de la recherche :

Walcott (1911) a décrit l’espèce comme un ver polychète, mais cette vision a été contestée par Lohman (1920), partisan d’une affinité avec les tuniciers (chordés). Conway Morris (1979) a rejeté ces deux interprétations, et l’animal a par la suite été jugé problématique et sans affinité connue (Briggs et Conway Morris, 1986). Szaniawski suggéra en 2005 une affinité avec les chétognathes, mais cette idée fut contestée par Conway Morris en 2009. Nanglu et ses collaborateurs ont proposé en 2016 une redescription officielle d’Oesia en tant qu’entéropneuste (hemichordé).

Description

Morphologie :

Oesia varie en longueur de 2,4 à 120 mm, pour une longueur moyenne de 53 mm. La région la plus antérieure est un rostre ovale ou en forme de gland, qui explique le nom commun anglais d’acorn worms (« vers glands ») donné aux entéropneustes. Le rostre est souvent conservé avec une plus grande densité de carbone que les tissus environnants, ce qui donne à penser qu’il était très musclé, comme le rostre des entéropneustes actuels. Le rostre est suivi d’une courte région cylindrique appelée collier où se trouve la bouche. Suit une longue section cylindrique appelée tronc, de largeur à peu près uniforme. Contrairement à ce qu’on observe chez les entéropneustes actuels ou chez  Spartobranchus, le tronc d’Oesia n’était pas divisé en un pharynx et en un tronc postérieur. Les barres branchiales de collagène qui définissent le pharynx se poursuivent ici sur toute la longueur, ce qui donne à Oesia une apparence relativement rigide. On observe à l’extrémité postérieure une structure d’ancrage de forme bilobée qui a elle aussi conservé une forte teneur en carbone et qui, du fait de sa forme, suggère une possible action de préhension. Oesia est souvent trouvé à l’intérieur d’un autre fossile précédemment décrit comme l’algue Margaretia dorus, mais qui s’est depuis avéré être un tube sécrété par le ver, qui lui servait d’abris et de sans doute de filet de pré-filtration pour son alimentation. Ce tube était généralement deux fois plus large que son hôte et pouvait atteindre une longueur totale de près de 50 cm. Il présentait une série de pores disposés en spirale et pouvait former jusqu’à 5 ou 6 branches (plus couramment deux).

Abondance :

Oesia est relativement rare à la carrière Walcott, mais il est abondant à Marble Canyon, où il représente la troisième espèce en abondance avec 3 373 spécimens (Nanglu et al., 2020).

Taille maximum :
120 mm.

Écologie

Mode de vie : Endobenthique, Épibenthique, Mobile
Mode d'alimentation : Filtreur
Interprétations écologiques :

Oesia était probablement un suspensivore comme le suggère son pharynx allongé équipé de nombreuses barres branchiales. Ces barres branchiales pourraient avoir été recouvertes de petites structures capillaires appelées cils dont les oscillations auraient engendré un flux d’eau vers la bouche et jusque dans le corps. L’excès d’eau était ensuite expulsé par des pores, tandis que la nourriture était acheminée dans le tube digestif. Les grands tubes d’Oesia se seraient dressés verticalement, les pores laissant l’eau entrer et sortir, permettant ainsi à l’animal de se nourrir des particules en suspension et de s’oxygéner.

Références

 

  • BRIGGS, D. E. G. AND S. CONWAY MORRIS. 1986. Problematica from the Middle Cambrian Burgess Shale of British Columbia, p. 167-183. In A. Hoffman and M. H. Nitecki (eds.), Problematic fossil taxa (Oxford Monographs on Geology and Geophysics No. 5). Oxford University Press & Clarendon Press, New York.
  • CONWAY MORRIS, S. 1979. The Burgess Shale (Middle Cambrian) fauna. Annual Review of Ecology and Systematics, 10(1): 327-349.
  • CONWAY MORRIS, S. 2009. The Burgess Shale animal Oesia is not a chaetognath: A reply to Szaniawski (2005). Acta Palaeontologica Polonica, 54(1): 175-179.
  • LOHMANN, H. 1920. Oesia disjuncta Walcott, eine Appendicularie aus dem Kambrium. Mitteilungen aus dem Zoologischen Staatsinstitut und Zoologischen Museum in Hamburg, 38: 69-75.
  • NANGLU, K., CARON, J.-B., CONWAY MORRIS, S.C., AND C. B. CAMERON. 2016. Cambrian suspension-feeding tubicolous hemichordates. BMC Biology 14: 1-9.
  • NANGLU, K., J.-B. CARON, AND C. B. CAMERON. 2020a. Cambrian tentaculate worms and the origin of the hemichordate body plan. Current Biology 30 (21): 4238-4244
  • NANGLU, K., CARON, J.-B. and GAINES, R. R. 2020b. The Burgess Shale paleocommunity with new insights from Marble Canyon, British Columbia. Paleobiology, 46, 58-81.
  • SZANIAWSKI, H. 2005. Cambrian chaetognaths recognized in Burgess Shale fossils. Acta Palaeontologica Polonica, 50(1): 1-8.
  • WALCOTT, C. 1911. Cambrian Geology and Paleontology II. Middle Cambrian annelids. Smithsonian Miscellaneous Collections, 57(5): 109-145.
Autres liens :

Aucun