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Reconstitution de Emeraldella brocki.
© Marianne Collins
Emeraldella brocki (ROM 61147). Un des plus grands spécimens connus, avec ses antennes incomplètes et sa pointe caudale. Longueur totale du spécimen (incluant les antennes et la pointe) = 175 mm. Spécimen sec, lumière directe (images de gauche et du centre) et lumière polarisée (image de droite). Talus de la carrière Walcott.
© Musée Royal De L’ontario. Photos : Jean-Bernard Caron
Emeraldella brocki(ROM61148) – Empreinte (toutes les images sauf la deuxième depuis la droite) et contre-empreinte (deuxième image depuis la droite). Le plus complet et le plus grand spécimen connu de l’espèce, avec ses antennes complètes et sa pointe segmentée. à droite, les gnathobases sont bien visibles le long de l’axe central (podomères basaux ou segments épineux utilisés pour broyer la nourriture). Longueur totale du spécimen (incluant les antennes et la pointe) = 202 mm. Spécimen sec, lumière polarisée (trois images de gauche); spécimen humide, lumière directe (image de droite). Carrière Walcott.
© Musée Royal De L’ontario. Photos : Jean-Bernard Caron
Emeraldella brocki (USNM 57702) – Holotype. Spécimen complet muni d’antennes et d’une épine postérieure, sur lequel apparaît le tube digestif (zone réfléchissante dans la partie médiane du corps). Longueur totale du spécimen (incluant les antennes et l’épine) = 120 mm. Spécimen sec, lumière directe (image du haut); spécimen humide, lumière polarisée (image du bas). Carrière Walcott.
© Smithsonian Institution – Musée National D’histoire Naturelle. Photos : Jean-Bernard Caron
L’affinité phylogénétique d’Emeraldella est incertaine en raison de la rareté des spécimens. Antérieurement classifié parmi les arachnomorphes, car assimilé soit aux chélicérates (Wills et al., 1998; Cotton et Braddy, 2004; Hendricks et Lieberman, 2008) soit aux trilobites et à la super-classe Lamellipedia (Hou et Bergström, 1997; Edgecombe et Ramsköld, 1999; Scholtz et Edgecombe, 2006), le genre a également été considéré comme un taxon d’euarthropodes de la lignée souche (Budd, 2002).
Emeraldella – d’après le lac, le sommet, le col, la rivière et le glacier Émeraude, au nord du col de Burgess, Colombie-Britannique, Canada. Le lac Émeraude a été nommé en 1882 par le guide Tom Wilson en raison du vert remarquablement profond de ses eaux.
brocki – d’après Reginald Walter Brock, directeur de la Commission géologique du Canada de 1907 à 1914.
Schistes de Burgess et environs : aucune.
Autres dépôts : Emeraldella sp. de la formation de Marjum à House Range dans l’Utah, États-Unis.
Carrière Walcott sur la crête aux Fossiles.
Emeraldella brocki a été décrit pour la première fois par Walcott (1912). Bruton et Whittington (1983) ont étudié les matériaux fossiles en détail et clarifié de nombreux aspects de la morphologie de l’espèce. Un spécimen possible du genre Emeraldella, provenant de la formation de Marjum dans l’Utah, a également été décrit (Briggs et Robison, 1984). D’autres travaux visant à examiner la position phylogénétique d’Emeraldella et des arachnomorphes ont été menés par Hou et Bergström (1997), Wills et al. (1998), Edgecombe et Ramsköld (1999), Budd (2002), Cotton et Braddy (2004), Scholtz et Edgecombe (2006), et Hendricks et Lieberman (2008).
Le corps se compose d’un bouclier céphalique hémicirculaire, d’un tronc segmenté et d’une épine postérieure allongée. Sa longueur (excluant l’épine et les antennes) varie entre 1,1 et 6,5 cm; avec l’épine et les antennes, l’animal atteindrait 15 cm de long. Convexe en coupe transversale, il s’amincit le long de la moitié postérieure du tronc. Le bouclier céphalique est lisse et ne comporte aucune trace d’yeux. Une paire d’antennes longues et flexibles constituées de plus de 100 segments aux jonctions poilues est attachée à la surface ventrale en avant de la tête. La bouche est ventrale et orientée vers l’arrière. Cinq paires de membres biramés, avec une branche interne segmentée et une branche externe lobée, se trouvent derrière les antennes. La branche interne compte six podomères (segments), soit la gnathobase (podomère robuste et épineux utilisé pour broyer la nourriture), quatre podomères adjacents portant également des épines et un podomère terminal mince armé de trois pinces acérées. La branche externe est large et dotée de trois lobes principaux incluant des filaments et des lamelles. Le tronc d’Emeraldella comporte 11 larges segments, dont les marges sont lisses et incurvées. Chaque segment porte une paire de membres biramés similaires à ceux de la tête. Derrière les segments du tronc se trouvent deux tergites enveloppant le corps cylindrique et une épine postérieure longue et fuselée. Une large bande parcourant le tronc jusqu’à la base de l’épine postérieure pourrait avoir été un tube digestif. Dans la région céphalique, le tube digestif prend la forme d’un U, car à partir de la bouche tournée vers l’arrière, il va vers l’avant et vers le haut.
Emeraldella brocki est très rare dans la carrière Walcott, où l’espèce ne compte que pour 0,01 % de la faune (Caron et Jackson, 2008).
Les branches internes des membres biramés servaient probablement à la marche sur le lit marin, particulièrement celles des huit ou neuf paires de membres du milieu, plus longues que les paires de la partie postérieure. Les épines de la marge interne des membres locomoteurs auraient permis de saisir des proies molles, tandis que les pinces terminales auraient poussé la nourriture vers les gnathobases ventrales. Les gnathobases auraient ensuite déchiqueté les aliments, puis les auraient poussés sous le corps de l’animal, vers la bouche. Les antennes auraient été utilisées pour explorer l’environnement et chercher des proies vivantes ou mortes en labourant les sédiments meubles. Pendant que la tête était inclinée vers le bas à la recherche de nourriture, les segments et l’épine postérieurs se pliaient probablement vers le haut pour maintenir l’animal en position. Les lobes des branches externes des membres auraient servi de branchies. En utilisant les larges branches externes de ses membres pour se propulser dans l’eau à l’aide de mouvements ondulatoires, Emeraldella pourrait avoir été capable de nager par à-coups.
BRIGGS, D. E. G. AND R. A. ROBISON. 1984. Exceptionally preserved non-trilobite arthropods and Anomalocaris from the Middle Cambrian of Utah. The University of Kansas Paleontological Contributions, 111: 1-24.
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Aucun