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Odaraia alata
Reconstitution 3D d’Odaraia alata.
MODÈLE 3D DE PHLESCH BUBBLE © MUSÉE ROYAL DE L’ONTARIO
Modèle 3D d’Odaraia alata.
MODÈLE 3D DE PHLESCH BUBBLE © MUSÉE ROYAL DE L’ONTARIO
Reconstitution d’Odaraia alata.
© MARIANNE COLLINS
Odaraia alata (ROM 61121) – Empreinte (images de gauche) et contre-empreinte (images de droite). Spécimen complet conservé avec ses yeux et offrant une vue détaillée des parties molles, dont le tube digestif. Longueur du spécimen (incluant les yeux) = 78 mm. Spécimen sec, lumière polarisée (images du haut); spécimen humide, lumière directe (images du bas). Carrière Walcott.
© MUSÉE ROYAL DE L’ONTARIO. PHOTOS : JEAN-BERNARD CARON
Odaraia alata (USNM 57722) – Lectotype. Spécimen complet enveloppé de sa carapace bivalve avec son telson (à gauche). Longueur du spécimen = 128 mm. Spécimen sec, lumière polarisée. Carrière Walcott.
© SMITHSONIAN INSTITUTION – MUSÉE NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE. PHOTO : JEAN-BERNARD CARON
Taxonomie:
Odaraia a d’abord été pris pour un crustacé (Walcott, 1912 ; Briggs, 1981 ; Briggs et Fortey, 1989 ; Hou et Bergstrom, 1997 ; Wills et al., 1998), compte tenu des interprétations antérieures de ses affinités avec d’autres arthropodes bivalves (hyménocarines) comme Branchiocaris (Briggs, 1976) ou Canadaspis (Briggs, 1978). Au début des années 2000, les affinités d’Odaraia ont été réévaluées et ce genre a été classé dans lignée souche des arthropodes (Budd, 2002, 2008). La découverte de mandibules chez plusieurs hyménocarines, qui a conduit à assimiler ce groupe aux arthropodes mandibulés ancestraux (représentés par les myriapodes, les crustacés et les insectes), a conduit à conclure qu’Odaraia appartenait au groupe souche des mandibulés (Aria et Caron, 2017 ; Vannier et al., 2018), et qu’il était peut-être même plus proche des myriapodes (Aria et al., 2021). Odaraia donne son nom à la famille des Odaraiidae, un groupe d’hyménocarines au corps fortement multisegmenté, aux antennes réduites ou absentes et aux pattes fortement multisegmentées, qui comprend d’autres taxons des schistes de Burgess comme Nereocaris ou Fibulacaris.
Odaraia – d’après le mont Odaray (3 159 m) du parc national Yoho, nommé par J. J. McArthur en 1887 ; le nom est dérivé de l’expression de la Première nation Nakoda signifiant « chutes d’eau nombreuses ».
alata – du latin ala, « aile », en référence aux ailerons de la queue de l’animal.
Schistes de Burgess et environs : aucune.
Autres dépôts : aucune.
Âge et Sites
Carrières Walcott et Raymond sur la crête aux Fossiles.
Histoire de la recherche
Odaraia a été décrit pour la première fois par Walcott (1912), et réexaminé brièvement par Simonetta et Delle Cave (1975). Briggs (1981) en a ensuite publié une révision approfondie. De nouvelles particularités morphologiques de la tête ont plus tard été incorporées, y compris un sclérite (Budd, 2008) et des tissus nerveux (Ortega-Hernández, 2015). Trois organes, ou yeux simples, situés sur le devant de la tête, ont été associés à un sclérite déjà observé chez d’autres arthropodes ancestraux (Ortega-Hernández, 2015). Une nouvelle description des pattes a mis en lumière une différentiation possible des parties proximale et distale (Aria et Caron, 2017) ; cette étude a aussi présenté une illustration des sternites (segments ventraux) de l’animal. Plusieurs espèces étroitement apparentées du genre Odaraia, l’espèce Jugatacaris agilis et différentes espèces du genre Pectocaris (Hou et al., 2004 ; Jin et al., 2021) ont été découvertes dans la faune de Chengjiang du Cambrien inférieur, en Chine (Fu et Zhang, 2011). La famille Odaraidae a été définie à l’origine par Simonetta et Delle Cave, en 1975. Bien qu’elle n’ait pas été redéfinie depuis, elle englobe probablement plusieurs autres hyménocarines.
Description
La majeure partie du corps d’Odaraia est enveloppée d’une imposante carapace dont les valves s’étendent et se rejoignent à la face ventrale d’une manière semblable à ce qu’on observe chez Nereocaris briggsi. La carapace forme un tube ouvert à l’avant et à l’arrière de l’animal. La portion antérieure visible de la tête dépasse du tube ; elle est ronde et porte trois organes, ou petits yeux, disposés en triangle, et est recouverte par un possible sclérite qui soutient une paire de grands yeux sphériques. Le corps compte environ 47 segments étroits portant chacun une paire d’appendices biramés, constitués d’une branche intérieure segmentée (endopode) et d’une branche extérieure en forme de pagaie (exopode). La queue, ou telson, est formée de trois ailerons dont deux s’étendent latéralement et le troisième verticalement. Le tube digestif est typiquement rectiligne et possède dans sa partie moyenne une paire de glandes caractérisées par leur minéralisation phosphatique.
Odaraia compte pour moins de 0,5 % de la faune de la carrière Walcott, dans laquelle plus de 200 spécimens ont été recueillis (Caron et Jackson, 2008). Une douzaine de spécimens proviennent de la carrière Raymond.
Écologie
La carapace tubulaire d’Odaraia aurait confiné les appendices ventraux, rendant ainsi difficile la marche sur le lit marin. Odaraia nageait donc probablement dans la colonne d’eau en ondulant les branches internes de ses appendices biramés, ce qui n’exclut pas cependant la possibilité d’interactions avec d’autres organismes sur le fond marin. La présence de grands yeux et de glandes intestinales à minéralisation phosphatique (Butterfield, 2002) donne à penser qu’Odaraia était un prédateur qui capturait les organismes marins en train de nager ou de flotter en les filtrant dans le courant d’eau qui traversait d’avant en arrière sa carapace tubulaire. Cependant, l’absence d’appendices préhensiles ou sensoriels donne également à penser qu’Odaraia aurait aussi pu avoir un mode de vie suspensivore. Il a été avancé qu’Odaraia nageait sur le dos, à la manière des limules et de Fibulacaris, une hyménocarine apparentée, afin de réduire la traînée créée au niveau de sa ligne cardinale. Le grand telson aurait servi de stabilisateur, notamment pour éviter le roulis, ainsi que de gouvernail et de frein lors de la nage.
Références
- ARIA, C. and CARON, J. B. 2017. Burgess Shale fossils illustrate the origin of the mandibulate body plan. Nature, 545: 89–92.
- BRIGGS, D. E. G. 1976. The arthropod Branchiocaris n. gen., middle Cambrian, Burgess Shale, British Columbia. Geological Survey of Canada, Energy, Mines and Resources Canada, 264: 1–29.
- BRIGGS, D. E. G. 1978. The morphology, mode of life, and affinities of Canadaspis perfecta (Crustacea: Phyllocarida), middle Cambrian, Burgess Shale, British Columbia. Phylosophical Transactions of The Royal Society of London, 281: 439–487.
- BRIGGS, D. E. G. 1981. The arthropod Odaraia alata Walcott, middle Cambrian, Burgess Shale, British Columbia. Philosophical Transactions of the Royal Society of London. B, Biological Sciences, 291: 541–582.
- BRIGGS, D. E. G. and FORTEY, R. A. 1989. The early radiation and relationships of the major arthropod groups. Science, 246: 241–243.
- BUDD, G. E. 2002. A palaeontological solution to the arthropod head problem. Nature, 417: 271–275.
- BUDD, G. E. 2008. Head structure in upper stem-group euarthropods. Palaeontology, 51: 561–573.
- BUTTERFIELD, N. J. 2002. Leanchoilia guts and the interpretation of three-dimensional structures in Burgess Shale-type fossils. Paleobiology, 28: 155–171.
- FU, D. and ZHANG, X. 2011. A new arthropod Jugatacaris agilis n. gen. n. sp. from the early Cambrian Chengjiang Biota, South China. Journal of Paleontology, 85: 567–586.
- HOU, X.-G. and BERGSTROM, J. 1997. Arthropods of the Lower Cambrian Chengjiang fauna, southwest China. Fossils and Strata No, 45: 1–116.
- HOU, X.-G., BERGSTRÖM, J. and XU, G.-H. 2004. The Lower Cambrian Crustacean Pectocaris from the Chengjiang Biota , Yunnan , China. Journal of Paleontology, 78: 700–708.
- JIN, C., MAI, H., CHEN, H., LIU, Y. U., HOU, X.-G., WEN, R. and ZHAI, D. 2021. A new species of the Cambrian bivalved euarthropod Pectocaris with axially differentiated enditic armatures. Papers in Palaeontology, 7: 1781–1792.
- ORTEGA-HERNÁNDEZ, J. 2015. Homology of head sclerites in Burgess Shale euarthropods. Current Biology, 25: 1625–1631.
- SIMONETTA, A. M. and DELLE CAVE, L. 1975. The Cambrian non trilobite arthropods from the Burgess Shale of British Columbia. A study of their comparative morphology, taxonomy and evolutionary significance. Palaeontographia italica, 69 (n.s. 3: 1–37.
- VANNIER, J., ARIA, C., TAYLOR, R. S. and CARON, J. B. 2018. Waptia fieldensis Walcott, a mandibulate arthropod from the middle Cambrian Burgess Shale. Royal Society Open Science, 5:172206:
- WALCOTT, C. D. 1912. Cambrian geology and paleontology II: Middle Cambrian Branchiopoda, Malacostraca, Trilobita and Merostomata. Smithsonian Miscellaneous Collections, 57: 145–228.
- WILLS, M. A., BRIGGS, D. E. G., FORTEY, R. A., WILKINSON, M. and SNEATH, P. H. A. 1998. An arthropod phylogeny based on fossil and recent taxa. In EDGECOMBE, G. D. (ed.) Arthropod Fossils and Phylogeny, Columbia University Press, New York, 33.105 pp.
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