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Percy Raymond

Les découvertes historiques de Walcott et son travail sur le terrain considérable ont immédiatement précédé les recherches d'un autre paléontologue américain, Percy Raymond. Ce dernier s'est rendu trois fois sur le site des schistes de Burgess au milieu des années 1920. Il y a ouvert une carrière en 1930 et constitué une solide collection pour la recherche et l'enseignement à l'Université Harvard

Contexte

Vers le milieu des années 1920, la découverte des schistes de Burgess par Walcott était un fait connu de la communauté scientifique et du public en général. La proximité d'un sentier entretenu par Parcs Canada, qui a sans doute facilité la découverte de Walcott, a attiré les touristes, les professeurs et les étudiants vers les schistes de Burgess. Le sentier en question, aménagé au début du XXe siècle, est encore en usage de nos jours.

Photographie en noir et blanc de Percy Raymond

Percy Raymond (1879-1952).

© Musée Carnegie d'histoire naturelle

Percy Raymond, conservateur de paléontologie au Museum of Comparative Zoology (Musée de zoologie comparée) de Harvard, faisait partie des nombreux visiteurs du site. Raymond avait été conservateur adjoint au Musée Carnegie (de 1904 à 1910) et paléontologue en chef de la Commission géologique du Canada (de 1910 à 1912) avant de poursuivre sa carrière à Harvard où il a travaillé jusqu'à sa retraite en 1945.

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L'article de 1920

Raymond était un grand spécialiste des trilobites : il avait rédigé, dès 1920, un exposé général sur les membres des trilobites et d'autres arthropodes provenant des schistes de Burgess, texte lui-même basé sur les publications de Walcott. Avec cet article de 1920 paraissait l'une des premières reconstitutions complètes d'un organisme de Burgess (Marrella splendens). Aujourd'hui, il s'agit d'une pratique courante dans les articles de recherche, mais c'était à l'époque novateur car cela donnait l'occasion aux non-spécialistes de voir les caractéristiques d'un fossile aussi précisément que s'il s'agissait d'un dessin d'organisme contemporain. À l'exception de quelques dessins publiés en 1931 de manière posthume par son assistant, Charles Resser, Walcott n'a quant à lui publié aucune reconstitution d'un organisme de Burgess.

Reproduction d'une illustration tirée d'un article scientifique montrant un animal de Burgess, Marella, tel qu'il aurait pu être

Reconstitution de Marrella splendens par Percy Raymond (1920). À comparer à quelques-unes des plus récentes reconstitution cliquez ici.

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Premières visites aux schistes de Burgess : milieu des années 1920

Photographie en noir et blanc de trois hommes explorant une carrière et entourés de plaques de roche

Vue du sud-est de la carrière Walcott en 1924 montrant Percy Raymond (au milieu) avec Tom Clarke, chargé de cours à la faculté de géologie de l'Université McGill (à droite), et une personne inconnue (à gauche).

Photographe inconnu. (Avec la permission de Desmond Collins)

Dans le cadre de ses cours d'été, Raymond s'est plusieurs fois rendu dans les Rocheuses canadiennes, passant par les schistes de Burgess avec ses étudiants en 1924, 1925 et 1927. Au cours de ses premières visites, Raymond a recueilli certains fossiles dans les éboulis situés en dessous de ce qui est maintenant la carrière Walcott, et d'autres dans les gisements (couches) de trilobites du mont Stephen. L'un de ces spécimens s'est avéré être une éponge dont on ignorait jusque-là l'existence, Petaloptyon.

Photographie en couleur d'un fossile; l'étiquette porte l'inscription : « Holotype 101624 »

Holotype de Petaloptyon danei découvert par Percy Raymond dans les gisements (couches) de trilobites.

© Université Harvard. Photo : Desmond Collins.

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À la carrière Walcott : 1930

En 1930, Parcs Canada a donné à Raymond la permission de rouvrir la carrière Walcott. Cette année-là, Raymond et trois assistants ont passé plus de deux semaines à la carrière, dégageant des centaines de fossiles et démontrant que les gisements de fossiles étaient encore productifs malgré ce qu'en avait pensé Walcott, qui croyait avoir presque épuisé la carrière dès 1918.

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L'ouverture de la carrière Raymond : 1930

L'essentiel tient peut-être au fait que Raymond a remarqué la présence d'un second gisement fossilifère plus haut dans la montagne, à environ 22 mètres (72 pieds) au-dessus de la carrière Walcott. En réalité, Raymond n'a pas découvert ce gisement fossilifère : Walcott lui-même y avait recueilli plusieurs fossiles (il en avait dessiné quelques-uns, comme l'éponge Vauxia. Mais Raymond a plus intensément fouillé ce gisement, y découvrant d'autres spécimens de Vauxia, ainsi que des spécimens d'Ottoia, de Leanchoilia et de Sidneyia. Cette nouvelle carrière est maintenant connue sous le nom de carrière Raymond, mais nous ignorons les limites de la carrière initiale en raison des fouilles subséquentes réalisées par la Commission géologique du Canada et le ROM aux mêmes niveaux.


Les pointillés montrent les limites actuelles des fouilles et l'emplacement original de la carrière Raymond. Les carrières Walcott et Raymond ont été agrandies par les équipes de la Commission géologique du Canada et du ROM.

© Parcs Canada. Photo : John Niddrie

Les spécimens de Raymond prouvaient que les fossiles typiques de Burgess pouvaient exister en dehors de la fameuse carrière Walcott et à différents intervalles stratigraphiques, y compris dans les gisements (couches) de trilobites du mont Stephen. D'ailleurs, des dépôts du même type que ceux de Burgess ont été découverts depuis à des endroits aussi éloignés que la Chine, le Groenland et l'Australie.

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La collection de Harvard

Raymond a collecté plus d'un millier de fossiles des schistes de Burgess (surtout de la carrière Walcott) et même si ce chiffre paraît mince par rapport aux 65 000 amassés par Walcott, il a permis à Harvard de posséder, par ordre d'importance, la deuxième collection de fossiles de Burgess à l'époque. En s'appuyant sur la nouvelle collection de spécimens, Raymond a produit une nouvelle description de Leanchoilia superlata et a publié la première reconstitution de cet animal en 1935. Étonnamment, la collection de Raymond est demeurée en grande partie ignorée (tout comme celle de Walcott) jusque dans les années 1960 et peu de chercheurs ont utilisé ses fossiles pendant cette période.

À gauche, un dessin montrant ce à quoi pouvait avoir ressemblé le fossile de droite

Leanchoilia superlata tel que reconstruit par Percy Raymond (1935) et un spécimen de Leanchoilia persephone trouvé par Raymond dans les schistes de Burgess (MCZ 5962). Ce spécimen fait maintenant partie de L. persephone.

© Université Harvard. Photo : Desmond Collins.

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Après Raymond : Franco Rasetti et les trilobites des schistes de Burgess

Le prochain visiteur des schistes de Burgess qui a eu une grande importance scientifique fut un célèbre physicien devenu paléontologue. Franco Rasetti avait émigré de l'Italie en 1939 pour occuper la chaire de physique de l'Université Laval, à Québec. Rasetti avait été membre d'un influent groupe de scientifiques dirigé par Enrico Fermi avant la Deuxième Guerre mondiale et il avait aidé à jeter les bases de la fission atomique. Fermi a par la suite travaillé au développement de la première bombe atomique à Chicago, mais Rasetti a préféré travailler à l'Université Laval parce qu'il ne voulait pas prendre part à des recherches liées à la guerre. Alors même qu'il contribuait à mettre sur pied la faculté de physique de l'Université Laval, il était de plus en plus intéressé par la botanique et la paléontologie, en particulier par les trilobites. Un de ses anciens étudiants se rappelle que Rasetti cherchait des fossiles de trilobites « partout », amassant des milliers de spécimens qu'il décrivait et classait avec soin.

Au cours de deux expéditions, en 1947 et en 1948, Rasetti a méthodiquement recueilli une grande quantité de trilobites de la formation Stephen ainsi que d'autres roches du Cambrien moyen trouvées dans le sud des Rocheuses canadiennes. Ses comptes-rendus sur les trilobites ont été publiés en 1951 dans les Smithsonian Miscellaneous Collections (Collections mixtes de la Smithsonian) et représentent encore aujourd'hui les seules références régionales majeures sur ces fossiles.

Photographie en couleur d'un trilobite fossilisé

Spécimen de trilobite provenant de la carrière Walcott et décrit à nouveau par Rasetti en tant que Ehmaniella burgessensis.

© Smithsonian Institution - Musée national d’histoire naturelle. Photo : Jean-Bernard Caron.

Les trilobites sont d'une grande utilité pour les paléontologues en tant qu'indicateurs biostratigraphiques : ce sont des fossiles plutôt communs, présents un peu partout et qui évoluent de manière relativement rapide. En utilisant les trilobites comme références, les chercheurs peuvent établir que des unités rocheuses différentes, même très éloignées les unes des autres, ont un âge comparable si des groupements d'espèces de trilobites similaires y sont présents.

Avant les travaux de Rasetti, Deiss (1939) avait proposé de créer une zone de trilobites appelée Bathyuriscus-Elrathina en se basant sur la présence de deux trilobites en particulier dans les unités rocheuses du Cambrien moyen en Amérique du Nord. Ces trilobites sont très répandus dans les schistes de Burgess, ce qui situe l'âge de la formation Stephen autour du Cambrien moyen. Rasetti a identifié quelques zones de trilobites et faunules supplémentaires, subdivisant la formation Stephen en intervalles de temps plus petits, ce qui s'est avéré utile lors d'études stratigraphiques ultérieures.

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