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Les premières découvertes

Les premières découvertes de fossiles dans la région des schistes de Burgess ont été faites sur le mont Stephen à la fin du XIXe siècle. On ne saura peut-être jamais qui a vraiment découvert les premiers fossiles… sur ce point, les allégations du géologue Richard McConnell et de l'astronome Otto Klotz se contredisent. Cependant, les trouvailles initiales ont véritablement mené à la découverte ultérieure des schistes de Burgess.

Contexte

Les gisements (couches) de trilobites du mont Stephen sont désignés ainsi en raison des millions de trilobites fossilisés trouvés sur les pentes du mont Stephen, à environ 5 km
(3,1 milles) au sud-est des schistes de Burgess, entre le mont Wapta et le mont Field. Vers la fin du XIXe siècle, la découverte de fossiles à cet endroit et leurs premières descriptions ont joué un rôle déterminant pour attirer Charles Walcott dans la région d'abord en 1907 puis en 1909, quand il a découvert les schistes de Burgess.

Photographie en noir et blanc d'un hôtel devant une montagne

L'hôtel Mount Stephen House avec, en arrière-plan, le mont Stephen et les gisements (couches) de trilobites, à Field, 1887.

© Musée McCord

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Richard McConnell

Photographie studio en noir et blanc de Richard McConnell

Richard McConnell (1879-1914), non daté.

© Commission géologique du Canada

On ne saura peut-être jamais qui a véritablement découvert les « gisements de fossiles » (comme ils étaient désignés à l'époque).

La première collecte de fossiles à cet endroit est souvent attribuée à Richard McConnell, un géologue de la Commission géologique du Canada (CGC). L'événement serait survenu le
13 septembre 1886, après que des ouvriers travaillant dans le village voisin de Field lui eurent parlé de bestioles prises dans les roches (des trilobites) sur les pentes du mont Stephen.

D'autres géologues de la Commission avaient déjà ramassé des fossiles au mont Stephen en suivant le tracé du chemin de fer en construction, mais pas précisément dans les gisements qui allaient bientôt devenir célèbres.


Ogygopsis klotzi recueilli par McConnell dans les gisements de fossiles, et arrière de la roche montrant l'étiquette originale.

© Commission géologique du Canada. Photo : Jean-Bernard Caron

Après la venue de McConnell, de nouvelles collectes de fossiles ont été réalisées sur le site par des géologues de la Commission. La plus importante a peut-être été réalisée par Henri-Marc Ami cinq ans plus tard, en 1891.

Étiquettes de tiroirs indiquant qu'il s'agit de fossiles trouvés sur le site des schistes de Burgess entre 1886 et 1891

Tiroirs contenant des fossiles découverts sur le mont Stephen par des géologues de la Commission géologique du Canada vers la fin du XIXe siècle. (Le nom de McConnell a été mal orthographié sous la forme O'Connell sur l'étiquette de droite.)

© Commission géologique du Canada. Photo : Jean-Bernard Caron

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Otto Klotz

Photographie de studio en noir et blanc d'Otto Klotz

Otto Klotz (1852-1923), vers 1910.

La même année, un astronome du ministère de l'Intérieur, Otto Klotz, qui à cette époque travaillait le long du chemin de fer, obtient d'autres spécimens provenant des gisements de fossiles. Ceux-ci auraient été ramassés par son cuisinier au cours de l'été 1886.


Ogygopsis klotzi recueilli dans les gisements de fossiles par le cuisinier de Klotz, et arrière de la roche montrant l'étiquette originale

© Musée de paléontologie de l'Université du Michigan. photo : Jean-Bernard Caron

Klotz utilisait des données astronomiques afin d'obtenir les coordonnées longitudinales précises du chemin de fer. Il devait aussi établir la hauteur des pics comme le mont Burgess – qu'en 1886 il a lui-même nommé en l'honneur d'Alexander MacKinnon Burgess, sous-ministre de l'Intérieur à cette époque.

Klotz, mieux connu comme le premier astronome fédéral du Canada en 1916, a envoyé sa collection de fossiles à Carl Rominger, un professeur de géologie qu'il connaissait à l'université du Michigan à Ann Arbor, où Klotz avait obtenu son diplôme en 1872 (la collection de Klotz se trouve maintenant au Musée de paléontologie de l'université du Michigan). Rominger a vite publié un bref rapport sur ces fossiles dans un essai de 1887 intitulé « Description of primordial fossils from Mount Stephens, N.W. Territory of Canada » (Description de fossiles cambriens du mont Stephen dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada). Il y mentionnait que Klotz avait découvert les gisements de fossiles, une affirmation bientôt contestée par McConnell.


Illustrations des fossiles du mont Stephen réalisées par Rominger (1887).

Comme l'indique le titre du texte de Rominger, on présumait que le site remontait à un temps très lointain, mais Rominger lui-même n'était pas un spécialiste de ce type de fossiles et n'a jamais visité le site. Il a nommé plusieurs nouvelles espèces de trilobites dont l'existence devait être infirmée dans un texte que publierait Charles Walcott à peine un an plus tard.

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Charles Walcott entre en scène

Photographie en noir et blanc de Charles Walcott avec une barbe

Walcott (1850-1927) en 1877.

© Collection de la famille Erin Younger

En 1887, la publication du rapport sur les trilobites de Robert McConnell, géologue de la Commission attire l'attention de Charles Walcott. Ce dernier, qui devait plus tard découvrir et donner leur nom aux schistes de Burgess, était un célèbre géologue américain s'étant toujours intéressé aux trilobites. Mais il devait s'écouler encore 20 ans avant qu'il se rende dans la région pour la première fois, en 1907.

À l'époque, employé de la US Geological Survey (Commission géologique des États-Unis), Walcott s'était procuré des spécimens provenant aussi bien de la collection de McConnell à la Commission géologique du Canada que de celle d'Otto Klotz. Il en avait tiré la conclusion que les fossiles du mont Stephen provenaient du Cambrien moyen.

Walcott correspondait fréquemment avec la Commission géologique du Canada. Il a contribué à identifier un grand nombre de spécimens (en particulier pour Henri-Marc Ami, paléontologue de la Commission) et a fourni son expertise sur la stratigraphie de la région.

Photographie en couleur d'une armoire ouverte et d'un tiroir aussi ouvert montrant des fossiles et une feuille de papier.

Armoire montrant une partie de la collecte réalisée par Ami en 1891 sur le mont Stephen et document daté 1892 (voir ci-dessous).

© Commission géologique du Canada. Photo : Jean-Bernard Caron


À gauche, datée 1892, une liste de fossiles provenant des gisements fossilifères du mont Stephen. L'une des deux colonnes sur la droite porte l'inscription CDW, pour Charles Doolittle Walcott, et l'autre, HMA, pour Henri-Marc Ami. À droite, une carte stratigraphique dessinée au verso et montrant le mont Stephen, le mont Field et des esquisses de fossiles.

© Commission géologique du Canada. Photos : Jean-Bernard Caron

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D'autres recherches au Canada

Quelques années plus tard, à Ottawa, alors même que Walcott continuait d'aider à identifier les spécimens canadiens, le paléontologue en chef de la Commission, Joseph Whiteaves, étudiait plusieurs des spécimens obtenus par McConnell et Ami.


Anomalocaris canadensis, découvert par Ami dans les gisements de fossiles, et arrière de la roche montrant l'étiquette originale.

© Commission géologique du Canada. Photo : Jean-Bernard Caron

Dans un texte d'une grande valeur historique publié en 1892, Whiteaves décrit un étrange fossile du mont Stephen en précisant qu'il ressemble à une crevette sans tête avec des appendices mal conservés. Parce que les supposés appendices ventraux de l'animal ont une forme pointue inhabituelle et que celui-ci présente des piquants près de son extrémité arrière, Whiteaves le nomme Anomalocaris canadensis, le nom de genre « Anomalocaris » signifiant « différent des autres crevettes » et le nom d'espèce « canadensis » étant une référence au pays de sa découverte.

Page 206 du Canadian Record of Science (Registre canadien de la science) montrant un dessin d'Anomalocaris canadensis

Première illustration d'Anomalocaris publiée par Whiteaves (1892).
© CANADIAN RECORDS

Cette espèce représente l'un des animaux les plus spectaculaires des schistes de Burgess. Il est aujourd'hui reconnu comme le plus grand arthropode prédateur de l'océan cambrien, mais l'histoire qui a mené à cette reconnaissance est truffée d'erreurs et de fausses interprétations.

Feuille de papier très endommagée montrant une esquisse d'Anomalocaris

Esquisse d'Anomalocaris, probablement réalisée par Lawrence Lambe, de la CGC, vers 1900. Remarquez l'ajout hypothétique d'un bouclier céphalique (segment de gauche) et d'une queue (à droite).

© Commission géologique du Canada. Photo : Jean-Bernard Caron

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La première connexion du Musée royal de l'Ontario : sir Edmund Walker

Photographie en noir et blanc d'Edmund Walker prise en studio

Sir Edmund Walker (1848-1924), probablement photographié après 1912.

© Musée royal de l'Ontario

En 1887, après la 67e rencontre annuelle de la British Association for the Advancement of Science (Association britannique pour le progrès de la science), qui a eu lieu à Toronto, une expédition ferroviaire à travers le Canada a été organisée pour donner la chance aux participants de vraiment saisir toute la richesse géologique et paléontologique de l'Ouest canadien. L'expédition, organisée par Byron Edmund Walker, un influent banquier de Toronto et paléontologue amateur, comprenait une visite des gisements de fossiles du mont Stephen, où plusieurs participants, y compris Walker, ont recueilli des fossiles.

Walker a prêté sa collection de fossiles du mont Stephen à George F. Matthew, un expert canadien des fossiles de la période cambrienne. En 1899, Matthew a publié un texte où il décrivait et nommait plusieurs des fossiles tirés de cette collection. Il y traitait entre autres d'un fossile étroit à côtes et fusiforme, qu'il nommait Orthotheca corrugata, et d'un plus grand tube aplati baptisé Byronia annulata en l'honneur de Walker.

Matthew a conclu que l'Orthotheca du mont Stephen était une sorte de tube de ver annélide. Par la suite, il fut établi qu'il s'agissait plutôt du spécimen type d'un piquant appartenant à un autre animal caractéristique des schistes de Burgess, Wiwaxia corrugata.

Page d'un journal scientifique montrant les dessins de 12 fossiles différents

Planche no 1 de Matthew (1899) illustrant le spécimen type de Byronia annulata (figures 2a et 2b) et le premier segment connu (une sclérite) de Wiwaxia corrugata (figure 3), provenant du mont Stephen.

© Musée royal de l'Ontario. Photos : Jean-Bernard Caron

En 1904, Walker a fait don de son importante collection de fossiles, y compris des spécimens du mont Stephen, au Musée de géologie de l'Université de Toronto. En 1913, cette collection devint la pièce maîtresse du nouveau Musée royal de paléontologie de l'Ontario, dirigé par William Arthur Parks. Walker, fait chevalier par le roi George V en 1910, a été cofondateur du ROM et premier président de son conseil d'administration.

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